< retour
PUBLICATIONS

 

Hommage à Henri CHARNAY ET A ESPACE HUMAIN DEVENIR

 

Dès les années 70, Henri Charnay fut un des premiers à dénoncer les errances de notre société industrielle face à la menace qui planait sur notre monde: une menace du progrès technique détruisant les éco-systèmes de mère nature. Il rencontra Jean-Claude Libert pour créer avec lui une revue DEVENIR ESPACE HUMAIN.

Henri Charnay écrivit un très bel article pour la revue que nous publions dans son intégralité sur notre site.

 

 

Un humanisme du devenir.


Crise d’évolution de l’espèce humaine.


Au début du siècle, le bilan de l’activité créatrice de l’espèce humaine aurait pu réjouir Descartes revenant sur terre voir l’accomplissement de son rêve : l’homme maître et possesseur de la nature. Mais tout est en train de changer depuis quelques années. Et Descartes observerait avec stupeur les effets dangereux d’une puissance qui ne parait plus contrôlée par une « intelligence de la vie ». Il s’affligerait de voir les hommes renoncer à l’usage de leur liberté dans la mesure ou ils acceptent que leur destin soit déterminé par le progrès technique et la croissance économique. La vie a créé des « techniques de l’existence » dont nous découvrons l’ingéniosité dans le monde animal. L’espèce humaine invente inlassablement des « techniques de la puissance » qui transforment son environnement, mais elle peine à découvrir les techniques de l’existence accordées à sa puissance. C’est une crise de son évolution…


Une nouvelle étape de l’humanité ?


Pour percevoir l’ingéniosité de la vie dans le monde animal, il faut nous arracher au temps minuté de l’environnement technique afin de pratiquer comme nos ancêtres une communication avec les êtres et les choses. Nous pouvons alors pénétrer dans l’intimité de l’existence d’une mésange, d’un écureuil ou d’une chenille construisant sa chrysalide. L’impression s’impose avec force que tout individu de chacune des centaines de milliers d’espèces qui animent la surface de la terre est pris en charge par une intelligence et une sagesse de la vie. L’ethnologue éprouve la même impression quand il interroge les traces des civilisations disparues ou établit une « communication essentielle » avec les individus de l’un des derniers ilots des civilisations primitives. C’est alors que la vision du changement brusque nous saisit. Tout paraît montrer que pendant une centaine de milliers de générations, la vie a pris soin de l’espèce humaine, comme de toutes les autres espèces vivantes, animales ou végétales. Les choses ont basculé en deux ou trois générations. C’est à l’homme maintenant de prendre soin de la vie sur la terre et de la protéger contre les effets dangereux de sa propre nuisance. C’est ainsi que la terre, après voir été gouvernée pendant des centaines de millions d’années par L’EMPIRE DE LA VIE, vient d’être brutalement soumise à l’EMPIRE DE LA TECHNIQUE. Il faut donc que les hommes alertés réaccordent la vie et la technique dans une « gestion de la nature ». Alors commencerait une nouvelle étape du développement de l’espèce humaine par une alliance de l’homme et de la nature.


L’Homme, l’économie, la nature


Les petits va-et-vient de quelques hommes, de la terre à la lune, ne seraient pas aussi vains s’ils pouvaient susciter chez un nombre croissant d’individus la perception sensible de notre planète dans sa pleine réalité. La notion de nature serait enfin dégagée des nuages de la philosophie pour apparaître aux yeux de l’esprit dans la rondeur d’une planète bigarrée de continents et d’océans et constellée de l’infinie diversité des sites. Cet assemblage de reliefs, lentement établi au cours des milliers d’années de l’histoire géologique, est animé depuis des centaines de millions d’années par des espèces encore existantes. Ainsi l’énergie de la vie transforme à son tour le visage des sites par l’action des bactéries ou des castors, des mandibules des termites ou de la dent des ruminants. C’est la lenteur de la durée biologique. Mais voici l’action des pelleteuses et des bulldozers, et bientôt celle des bombes atomiques qui feront sauter des verrous entre les mers et déplaceront le cours de certains fleuves. C’est l’accélération du temps technique.
Combien alors apparaît dangereux la puissance de l’espèce humaine sur les autres formes de la vie, dont elle est cependant issue, semble-t-il. C’est la seule espèce qui torture et tue, saccage et détruit avec persévérance. Mais les effets de sa puissance non maîtrisée, sur la nature et sur elle-même, la secouent maintenant par une crise de son évolution.
Les problèmes suscités par cette crise toujours abordés un à un, en désordre s’ils étaient posés, une fois pour toutes, comme des sous-ensembles bien ordonnés d’un seul problème planétaire : accorder l’homme, l’économie et la nature. Ce serait rétablir l’alliance de la technique et de la vie, de l’homme et de la nature.

La maîtrise du devenir


Les bambins de sixième sauront bientôt ânonner des concepts sur la mesure de l’espace et du temps, l’année lumière et la manoseconde, mais continueront-ils de rester insensibles à la croissance d’une plante, au grand âge d’un arbre et au rythme des saisons ? Il faut que l’éducation et la manière même de vivre réapprennent aux hommes de la société industrielle une perception quasi-viscérale de la durée biologique qui leur fasse retrouver leur communication avec la nature. Certains évoqueront une nouvelle alliance de l’homme et de la création, de l’homme et de Dieu. La vie, Dieu, les deux notions tendent à se confondre dans une même signification chez le savant prudent et le croyant lucide. Tous deux commencent de s’unir dans une même vision du destin de l’espèce, vision qui permettra de reconstruire une nouvelle forme de la civilisation. Il faut maintenant maîtriser la technique par l’exigence de la vie. C’est ainsi que l’homme peut maîtriser son propre devenir. Ne s’agit-il pas d’un humanisme du devenir ?


L’empire de la vie

Une espèce encombrée
On peut se demander si l’espèce humaine ne commence pas d’être asservie par ses propres outillages et paralysée par une information analytique et cloisonnée qui interdit à l’imagination créatrice de coordonner l’action sur l’environnement selon le projet d’une existence souhaitable par le plus grand nombre. On arrive ainsi à imaginer quelque termitière insolite ou les mandibules se détacheraient du corps des individus et se développeraient prodigieusement en machines de plus en plus complexes et puissantes.
Certains individus, bien installés, commanderaient le tout. Dans une fébrilité générale, on creuserait pour creuser, cisaillerait pour cisailler. La technique triomphante meurtrirait, l’existence des êtres et des choses.


L’information de développement


L’observation fervente de la vie peut cependant nous rasséréner sur la solidité des assises de son empire. Il faut pour cela nous tourner vers la vie animale. Il est d’ailleurs symptomatique qu’une recherche psychologique féconde se développe de ce côté depuis quelques années. On découvre les subtiles manifestations d’une intelligence et d’une sagesse de la vie. Cet exemple aidera-t-il les hommes à sauver leur humanité en les incitant à réorganiser leurs milieux d’existence par une analogie avec les biotopes des autres espèces.
Un biotope est un milieu défini, généralement de surface restreinte (une mare ou le fond d’un vallon). Le biologiste et l’écologiste y trouvent de bonnes conditions pour observer le développement des espèces. Ils observent ainsi essentiellement des relations entre des individus et leur milieu. Or la terre est une somme incalculable de ces petits mondes. Par conséquent, à l’échelle de l’observation humaine, notre planète n’est pas un biotope, les deux notions étant parfaitement antinomiques. Par contre, à l’échelle cosmique, on apercevrait dans le fourmillement des mondes la petite terre des hommes grouillante de toutes les formes de la vie : « biotope planétaire » si bien défini dans sa rondeur. le sens des mots est une affaire d’échelle.
L’animal poursuit calmement un chemin commencé par son espèce il y a des millions et des millions d’années. Il ressent et même pressent ce qu’il faut faire pour continuer d’exister dûment informé de tout ce qui se passe autour de lui, se défiant du plus fort et mangeant le plus faible selon un menu réglé au cours des âges : la « chaîne alimentaire ». Mais dans ce monde de la vie animale chacun organise son existence dans son territoire et respecte les individus de son espèce, nul conditionnement par l’information n’ayant été découvert pour le vouer au génocide ou à la torture de ses frères. Les exceptions ont une justification biologique. Il n’y a pas de systèmes d’idées ou de croyances qui cultivent l’agressivité. C’est un biotope et non un « idéotope ».
Seule, l’information directement saisie dans une relation naturelle avec le milieu provoque dans chaque individu l’activité optimale qui convient à son développement. Vers 1936, les biologistes avaient déjà formulé la loi : « la cellule n’évolue que par l’effet de son propre comportement, et cela à partir d’une information » (André Mayer). Cette information d’adaptation affine la conduite quotidienne de l’individu, d’un instant à l’autre, au gré de ses relations avec son environnement. C’est ainsi que la vie animale se maintient depuis les origines, dans toutes les espèces, et dans l’espèce humaine « naturelle » encore observable chez les peuplades primitives de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. Ainsi s’établit une relation complète entre l’environnement, le comportement et le développement. L’individu est donc à la fois guidé dans l’essentiel de ses conduites par un schéma génétique de son développement. Mais son comportement doit l’adapter aux particularités de son environnement. L’intelligence et la sagesse de la vie paraissent le prendre en charge dans les difficultés. Il assure son développement par des activités que suscite une information attentive au milieu. Ne convient-il pas de donner le nom à la chose : information de développement.


Le placenta de l’existence


La liberté de l’individu peut être évaluée par les possibilités de déplacement et le choix des milieux successifs qui répondent aux intentions de son existence. Pélisson n’avait qu’une araignée pour établir dans sa cellule quelque relation avec le milieu naturel. Le citadin accroche sur le balcon la cage du serein familial. On voit aussi quelques pots de fleurs. Plus largement, nos architectes-urbanistes-paysagistes introduisent la nature dans la ville par des « espaces verts » que l’arrosage infatigable du jardinier défend difficilement contre la jaunisse. Un grand « retour à la nature » se manifeste également par l’internement de bêtes sauvages dans les villes où elles peuvent observer les piétons derrière les grilles qui canalisent leur flot le jeudi et le dimanche. Les motorisés pendant ce temps reconquièrent la nature dans de vastes espaces qu’ils sillonnent à cent à l’heure.
Depuis quelques mois, la France commence d’être mobilisée par la notion d’environnement mais non par la chose. On tend précisément à réduire la chose à l’idée des interventions qui doivent apaiser les populations : « lutter contre les nuisances ». Il y avait une fois une bombe atomique sale. On tait inquiet. Alors il fut proclamé qu’elle deviendrait propre, réservant le châtiment aux méchants, épargnant les justes. Il y avait une fois une technique sale. Elle deviendra propre. Des enzymes gloutonnes surveilleront l’existence de chacun. Allez en paix : produisez et consommez.
Qu’est-ce que l’environnement ? Pour répondre à la question, il faut considérer la vie à sa source, dans le sein de la mère, milieu protégé, limité, total. Dès que l’être humain peut marcher, il passe d’un milieu à l’autre, comme ses frères les animaux. Les milieux humains sont définis par les phases de l’activité quotidienne. C’est la chambre, la salle de bains ou l’évier-lavabo, le taudis ou le palace, le studio et son cirque quotidien d’information télévisée, le métro, le centre socio-culturel, le bistrot… La somme de ces milieux constitue expressément l’environnement : ce qui entoure, ce qui enveloppe comme le placenta, mais un placenta complexe. Dès lors il est dans le bon usage de la langue et dans la nature des choses de considérer que « l’environnement est une somme complexe de milieux d’influences qui affectent nos conduites à tous les instants de l’existence quotidienne et déterminent en bonne part notre comportement ». C’est le placenta de l’existence. Dans l’empire de la vie, l’environnement était le terrain de la lutte pour l’existence. Il fallait ouvrir l’œil. L’information était nécessairement une information de développement. Dans l’empire de la technique, l’environnement n’imposerait-il pas insidieusement une information de conditionnement ?


Un empire de la technique

La rupture du comportement


Changer les structures de la société c’est de toute évidence vouloir changer la manière de vivre, les conditions d’existence, bref le comportement de chacun. Or le malaise actuel de la civilisation se manifeste nécessairement dans la réalité concrète de chaque individu : le comportement.


Biotopes et idéotopes
L’information était jadis perçue activement dans une relation directe avec l’environnement immédiat ; Aujourd’hui, l’information venant de plus en plus de situations lointaines et incontrôlées, tend à être reçue passivement. Dès lors, en simplifiant les faits, on peut considérer les conduites naturelles, dans des biotopes, chez l’insecte, l’oiseau, l’animal, les peuplades actuellement observées par les ethnologues, et les conduites artificielles, dans des idéotopes, suscitées par une information de conditionnement. Nous délaissons le domaine de la vie pour celui des idées.


La nouvelle alliance

La participation culturelle


Les pédiatres conseillent aux mamans de solliciter l’attention du bébé par des éclairages doux et variés, des bruits agréables et divers, et la présence changeante des êtres et des choses. C’est un « environnement de la diversité » qui doit révéler les meilleures combinaisons d’un développement en attente. Certes, la ville moderne offre une infinité de sensations et de perceptions. Beaucoup trop : c’est une agression. La nature sollicite toujours, elle n’agresse jamais. Chez elle, l’enfant flâne, contemple, bricole, interroge… On le voit chercher la communication avec les êtres et les choses. Il se choisit ainsi, pourrait-on dire. C’est par sa libre activité qu’il construit petit à petit l’unicité d’une personnalité vigoureuse. Mais la nature est tellement policée par la technique qu’elle perd la vigueur des petits sites ancestraux, animés par la diversité de milliers de formes de la vie et des choses. Il faut que l’imagination établisse une comparaison entre les individus de l’espèce humaine et les « individus de la nature » que sont les sites, espaces nettement définis et riches d’une personnalité propre. Les hommes ont toujours marqué la nature de leur présence. Le site n’est pas seulement un « ensemble offert par la nature », mais aussi un territoire modelé par l’activité humaine au cours des âges : un village, un hameau, une petite ville, un vieux quartier. Les hommes qui ont participé à son agencement se sont « cultivés » par le fait qu’ils ont créé des conditions favorables à leur développement. Ne serait-ce pas expressément une « participation culturelle » qui pourrait évoquer ce que ferait une plante recevant le pouvoir de s’arracher du sol à son gré pour arroser et sarcler son propre environnement ? La situation est claire. Le moment est venu de distinguer la « participation économique », dont la fonction est de donner à tous les hommes un revenu décent, et la participation culturelle », dont la mission est de mobiliser des groupes humains par leur action sur un territoire. Alors l’individu rétablira son alliance avec la nature. Il se reconstruira en construisant son environnement. Il reconquerra le sens de la durée biologique en accordant son comportement avec les exigences millénaires de son espèce et de la nature. Ne serait-ce pas le véritable développement de l’être ?


Le retour à la vie


Le « retour à la nature » est une notion dangereusement vide. Il s’agit plus précisément de maîtriser le progrès technique et la croissance économique. Mais quels critères avons-nous pour choisir dans le champ des possibilités infinies du progrès technique ? Tout paraît montrer que nous devons recréer des accords entre la technique et la vie, comme les termites ou les castors, dont les outillages biologiques sont si bien utilisés. Tout paraît montrer que c’est la capacité de notre comportement et de notre environnement d’accepter sans perturbation les influences de la technique et de l’économie, qui doit nous guider. On parle aussi de « l’éducation par la nature ». La notion est également dangereuse si l’on entend introduire, dans les « emplois du temps », des études du milieu pour exorciser le divorce de l’homme et de la vie. Il ne s’agit pas de considérer la nature comme un nouvel objet d’études qui doit enrichir les programmes. Il s’agit de renouer la relation vitale de l’individu avec un environnement qui fut pendant des millions d’années le placenta de notre espèce. Il s’agit dès lors de recréer, dans les circonstances d’un nouveau rapport technico-économique de l’homme et du milieu, les conditions permanentes du développement de l’être. C’est un retour à la vie. L’heure est venue que les hommes se distinguent d’une manière décisive par leur comportement devant un avenir inquiétant. Ou bien ils continueront de se laisser emporter dans les séquences frénétiques de l’existence quotidienne, ou bien ils se réenracineront dans la durée pour réanimer leur capacité de « voir la vie ». Alors ils pourront imaginer un devenir humain pour l’organiser. Cette capacité évoque une sorte de grâce. Par une hypothèse biologique de la survie, il faut admettre que ces hommes ont le devoir absolu de faire quelque chose pour sauvegarder un devenir humain lucide dans le chaos d’un devenir technique aveugle. Ils doivent notamment intervenir sans retard dans l’éducation. Il faut distinguer fermement une « éducation de la vie », considérée comme une science de l’existence mais une existence épanouie par le développement de l’être … et une « éducation de la technique », considérée très modestement comme le moyen de cet épanouissement. C’est distinguer, dans leur plus grande généralité, une fois pour toutes, le domaine des fins et celui des moyens. Les courbes de la croissance économique, qui exaltent nos esprits sur des chiffres, des bilans et des concepts de productivité, se manifestent concrètement sur la rondeur planétaire par des activités de transformation de la matière, techniquement efficaces, mais biologiquement inorganisées. On arrache du sol et du sous-sol des matières premières. On transforme, fabrique, distribue, vend, consomme, construit, détruit, éventre, nivelle, creuse, déboise. Les terres en désaccord avec les concepts de productivité sont abandonnées. Les hommes se resserrent sur les moisissures de l’urbanisation qui s’étend anarchiquement. Les déchets d’un gâchis en expansion se diluent dans les airs et les eaux, et s’entassent dans les sites. Or il est une loi de l’evolution que decouvrent la biologie et la paleonthologie : la complexite croissante des organismes vivants a toujours ete maintenue dans un ordre de la vie par une coordination rigoureuse de leurs elements constitutifs.
C’est par l’évolution même du système nerveux que s’est accomplie l’évolution des organismes. Un cerveau traite l’information pour maintenir les conduites générales dans l’ordre, déléguant à des centres nerveux et à des structures intermédiaires hiérarchisées les tactiques ténues de l’adaptation à l’environnement. L’espèce humaine s’écarte depuis quelques décennies de cette loi de l’évolution. Sa prodigieuse activité se démultiplie dans des structures de plus en plus complexes et de plus en plus cloisonnées. C’est ainsi que chacun des éléments de la croissance économique tend à développer sa propre puissance selon la logique aveugle de son système : systèmes clos d’EXPANSION. On s’évertue alors à recevoir une meilleure part des biens de la croissance en s’organisant dans des structures de combat : systèmes clos de REVENDICATION. L’administration et l’éducation maintiennent leurs habitudes : systèmes clos d’INERTIE. Comme les choses vont mal, on s’inquiète, alerte, exhorte, proclame : systèmes clos d’INCANTATION. Et rien évidemment ne peut s’arranger dans un monde découpé en nations jalouses : systèmes clos de RIVALITES. La planète devient un système d’idéotopes ennemis : guerres larvées, dictatures des plus forts, alinéation des faibles, grèves, révoltes, tensions, haines, incompréhensions, jeux de la terreur équilibrée…


Alors l’homme fit alliance avec la nature.


L’homme moderne est inquiet. « Voici qu’un grand froid ténébreux l’envahit ». Comme Abraham. Mais la terre n’a plus à lui être donnée. Il en est maître et possesseur. Il est tout puissant sur les êtres et les choses. Son cœur se ferme. Alors il est inquiet dans sa puissance. Il sent qu’il lui faut rétablir son alliance avec la nature. Jadis, les seules forces de la vie transformaient la matière sur la terre. La technique bouscule maintenant les équilibres géologiques et biologiques. Chaque année s’accroît le brigandage des « matières premières » qui appartiennent à l’espace pour son devenir et non pas à de furtives générations avides de profit et de puissance. Chaque année se développe le saccage d’un héritage de forêts, de rivières claires et de sites. Les déchets menacent. jadis, la connaissance amenait a la possession des choses. aujourd’hui, elle est de plus en plus un spectacle des choses qui tournoient autour de nous ou défilent dans le cirque permanent de l’écran de télévision. Elle est aussi désormais un encombrement dans l’esprit des étudiants.
On voit les disciplines dites de sciences humaines se laisser aller à connaître pour connaître, comme l’économie à produire pour produire. C’est donc l’exigence de la vie et l’alliance avec la nature qui nous feront choisir le petit nombre de connaissances qui permettent aux hommes d’organiser leur environnement selon les intentions de leur existence. Biologie, écologie, ethnologie, psychologie animale, sociologie, économie… : des éléments inertes et dispersés s’animeront dans la cohérence d’une science du devenir. Le critère d’objectivité de cette science sera dans le seul fait qu’elle accordera des hommes de bonne volonté venant de tous les horizons politiques, idéologiques, métaphysiques ou spirituels pour se donner à la grande tâche collective des temps modernes : construire la civilisation en organisant un environnement qui infléchisse le progrès technique et la croissance économique par le respect de la vie.


Une économie de la vie


Le choix est clair. Ou bien nous accepterons d’être entraînés dans une évolution forcenée par la logique aveugle du progrès technique, ou bien nous chercherons à maîtriser notre devenir.  Nous sentons confusément que nous sommes contraints de nous allier avec la nature. Une science du devenir, en cherchant la solution de la survie dans cette alliance, peut aider l’action politique dans certains problèmes économiques que les cloisonnements actuels ne permettent de poser qu’en tenant compte de la relation fondamentale et hiérarchisée : Homme-économie-nature. Ainsi le problème de l’agriculture par exemple… On persiste à vouloir le résoudre le nez sur des bilans. Il faut en imaginer la solution en survolant le territoire quand le soleil du matin anime par le jeu de l’ombre et de la lumière la merveilleuse diversité des sites de la France. Or, la plupart des zones pittoresques se refusent à la productivité. Tout parait montrer que les terres condamnees par l’economie du profit peuvent etre reinstaurees dans une economie de la vie.


Une éthique du devenir


Des territoires de plus en plus nombreux seraient pris en charge par des collectivités. Les individus sortiraient de leurs idéotopes pour se rencontrer et gérer un environnement de plus en plus personnalisé par leur action. On consommerait moins fébrilement les objets fugaces de la technique parce qu’on possèderait les biens de la nature, impérissables. Ces actions concertées, ces responsabilités, cette réflexion sur les conditions d’existence « projetées » dans la réalité concrète d’un environnement, ces multiples initiatives que la planification doit maintenir dans un « ordre de l’économie », ne serait-ce pas la coordination globale qui instaure un ordre de la vie dans la complexité croissante des éléments d’une société moderne ? Ne serait-ce pas le moyen de créer les fameuses structures intermédiaires dont la carence est si visible dans le désordre biologique de notre civilisation ?
Ainsi donc, par une alliance de l’homme et de la nature, l’espece serait assurée de recevoir d’une génération à l’autre, un environnement honnêtement géré et transmis dans son intégrité ; la societe reconstruirait plus aisément des structures correspondant aux nouveaux rapports socio-économiques de l’homme avec son milieu. l’individu enfin serait restauré dans l’intégrité de l’être par l’affirmation de sa personnalité. Mais en même temps serait restauré dans l’intégrité de l’être par l’affirmation de sa personnalité. Mais en même temps serait restauré la personnalité de la nature par l’animation de ses sites innombrables. Ainsi, les hommes se regrouperaient dans une action collective sur leur environnement et se réanimeraient par leur communication avec la nature. Ils prendraient conscience que leur biotope est de plus en plus relié, pour le meilleur et le pire avec toute la terre et que l’humanité doit devenir gestionnaire de la vie si elle veut se sauver. Peu à peu la puissance cruelle deviendrait puissance tutélaire.

Henri CHARNAY
Article paru dans la revue ESPACE HUMAIN DEVENIR en Juin 1972
Dir. de publication Charles Pasquini
Dir. de rédaction Jean-Claude Libert
Dépôt légal : 3ème trimestre 1972.

(Cette revue n’a édité hélas qu’un seul numéro dont nous avons les originaux. Publiée en 1972, elle contenait ce texte fondamental d’Henri Charnay qui aujourd’hui en 2020 s’avère d’une actualité brûlante)


Biotope, écosystèmes : des nuances séparent les deux notions. Elles évoquent cependant toutes deux un système de relations et d’interactions entre des êtres et des choses dans un territoire défini.
 

 

Nouveautés :

Les Editions L'HARMATTAN publient dans la collection "Métaphysique au quotidien" dirigée par Bruno Bérard et Annie Cidéron, un essai de bibliographie documentaire écrit par le fils du peintre Guillaume Libert.

Accéder au site des Editions L'Harmattan

Parole d'auteur: Guillaume Libert parle de son ouvrage

 

Cet essai de biographie documentaire, appuyé par une importante bibliographie tente de mettre en exergue la démarche spirituelle  du peintre cubiste Albert Gleizes et celle de Jean-Claude Libert.  
Chacun ayant suivi la voie qui lui était propre, il n’était pas chose aisée de rapprocher leur destin.

Pourtant ni l’un ni l’autre n’étaient concurrents ou adversaires. Correspondance assidue entre 1949 et 1952, dialogues et études autour de la métaphysique chrétienne; leurs échanges trouvèrent complémentarité.


Les deux peintres se rencontrèrent en 1946.
Gleizes dénonça toute sa vie la mécanisation de la société occidentale qui séparait l’homme de son unité universelle et cosmique. Il voulut tracer pour l’artiste une voie humaniste. L’exemple de Jean-Claude Libert en est la réponse la plus fidèle. 

 

 

Métaphysique du Cubisme, d’Albert Gleizes à Jean-Claude Libert
par Guillaume Libert

 

Pourquoi métaphysique du cubisme? Voilà un bien étrange titre qui à première vue pourrait paraître contradictoire.

En effet le cubisme du début du 20ème siècle était un courant artistique révolutionnaire initié par Braque et Picasso, tous deux influencés par Cézanne et Matisse avec le fauvisme.

La préoccupation essentielle de ses praticiens était-elle à proprement parler d’ordre spirituelle ou plutôt teintée de “politique” dans le sens d’une prise de position radicale vis à vis de l’art qu’une frange des cubistes (notamment le Groupe de Puteaux)* déclinaient comme “petit bourgeois” caractérisé par le déclin de l’impressionnisme qui selon Gleizes était devenu un art de salon destiné à décorer les intérieurs de la classe privilégiée et avait perdu sa fonction révélatrice.


Selon Gleizes le destin du cubisme allait de pair avec l’histoire du siècle.

Après la première guerre mondiale, le besoin de spiritualité qui agitait l’Europe après ces années de destructions et d’horreurs était celui de retrouver le fondement de ses racines chrétiennes.


Et ce fut donc dès 1925 avec l’expérience de Moly Sabata dans la communauté artistique  créée par Gleizes à Sablons au bord du Rhône puis aux Méjades dans son domaine agricole , que Gleizes élabora les principes et les lois de la métaphysique cubiste, d’abord avec le sculpteur et peintre Robert Pouyaud qui fut le premier “locataire” de Moly Sabata” suivi par ses disciples dont les plus fidèles furent la céramiste Anne Dangar pour conclure avec le peintre Jean-Claude Libert.


Pour Albert Gleizes, le cubisme, dans sa lutte avec la perspective descriptive avait, sans le savoir, répété l'angoisse intellectuelle du XIIIème siècle, angoisse liée au salut des âmes et au Jugement dernier.
Hors, les recherches de Gleizes liées à l'art roman, recherches qu'il entreprit pendant l'écriture de son traité d'histoire de l'art "La Forme et l'histoire", celles aussi de Robert Pouyaud et de quelques autres initiés proches du peintre, dont le père Don Angelico Surchamp, moine bénédictin de la Pierre qui Vire; amenèrent Gleizes à la conclusion que l'Art roman et le cubisme étaient issus de la même quête : retrouver les lignes spirituelles de l'Art intériorisé, tourné vers l'intérieur et non vers l'extérieur.


Perdant son rôle de mise en scène d'un spectacle historique, le tableau cubiste devenait pour lui objet à part entière, se suffisant à lui-même, comme un support de méditation.


Un tableau cubiste, organisme à part entière, était donc construit selon de nouvelles règles, où seules les lignes et les figures géométriques synthétisaient la forme qui devenait mobile et offrait une lecture en 3 puis 4 dimensions: espace, temps, rythme, forme. La couleur n'intervenant pas au début, ou très peu.


Le cubisme de Braque et Picasso n'utilisait que trois ou quatre couleurs dont les dominantes étaient les ocres, les bruns, les noirs, les gris et quelques jaunes… Le regard de l'observateur n'était plus un regard "spectacle" mais un regard intérieur. Le spectateur du tableau cubiste devait faire un effort mental d'analyse et de synthétisation pour comprendre ces nouvelles règles et admettre qu'il y avait autre chose que la représentation de la réalité mais bien une quête métaphysique.


Cette quête métaphysique, Albert Gleizes l'avait incarné, en créant ce courant issu de la pensée de René Guénon, cette figure ésotérique intellectuelle inclassable du 20ème siècle, initié aux philosophies orientales et parti en guerre contre la civilisation occidentale. Mais cette quête métaphysique, fallait-il encore l'incarner plastiquement. Ce furent avec des calques superposés les uns aux autres qu’apparut le jeu des "rotations et translations de plans" qui selon Gleizes incarnaient les rythmes et les énergies de l’univers, les grandes lignes de la spiritualité, présentes dans les bas-reliefs romans.

 

  • Extrait du mémoire d'André Dubois paru en 1971:

" C'est donc à Paris que Pouyaud assimila la technique plane des translations et rotations. Il faut voir dans la démarche de Pouyaud, abandonnant Paris et une situation, une conséquence de l'assimilation de la technique plane, assimilation qui entraîne une reconversion de l'individu, l'homme centré sur lui-même. Ne pourront être comptés comme véritables Moly-Sabatiens uniquement ceux qui assimilent cette technique plane entraînant une conversion."
Mais comment Gleizes en arriva à cette conclusion et développa cette analyse, que pour lui le cubisme avait beaucoup plus à voir avec l'Art roman qu'avec l'Art moderne?
Il faut se reporter à son traité d'histoire de l'Art "La forme et l'histoire" mais aussi à Malraux, qui le premier exprime ce que pour lui représente l'Art du XXème siècle:

  • " Le sens du mot Art a changé lorsqu'il a cessé de s'appliquer d'abord à des œuvres destinées à susciter l'admiration, comme le monde de l'art a changé lorsqu'il a cessé d'être seulement celui de telles œuvres, lorsque s'y sont introduites celles qu'exerce sur nous une action manifestement étrangère au dessein de leur créateur. Notre monde de l'art, c'est le monde dans lequel un crucifix roman et la statue égyptienne d'un mort peuvent devenir des œuvres présentes. Delacroix les tenait pour des curiosités supérieures; bien qu'il ait passé des mois chez Georges Sand, à côté de l'église de Nohant Vicq, il n'a pas moins ignoré l'art roman que Baudelaire et même Cézanne. Aucune civilisation avant la nôtre n'a connu le monde de l'art créé par des artistes pour qui l'idée d'art n'existait pas"…
  • Extraits du colloque Robert Pouyaud, Clamecy, 1997

 

Albert Gleizes et l'histoire de l'art
Par Dom Angelico Surchamp


... Albert Gleizes opposait l'art primitif et l'art classique en les rapportant à deux périodes: une période dominée par le rythme et une période dominée par l'espace. Dans le cas d'une période dominée par le rythme, c'est-à-dire d'une période primitive, la réalité est donc celle du matériau dont dispose l'artiste. Dans le cas de la peinture, c'est une surface plane: soit un mur, soit une toile, soit la page d'un livre qu'il faut décorer. Et c'est cela la réalité de base, le point de départ qu'il faudra respecter jusqu'au bout: il y aura un respect de la donnée de base, cette peinture plane. Il va falloir non pas la contredire mais la couvrir en respectant sa nature.
A l'inverse, dans le cas des périodes dominées par l'espace, le mur ou la toile est simplement une donnée de départ qu'il va falloir faire oublier pour la transformer complètement, une sorte de miroir qui va permettre de faire voir autre chose que ce qu'elle est. Par la profondeur, la perspective, on va représenter sur ce mur, cette toile ou cette page, un monde qui n'a aucun rapport avec la surface donnée. Et la toile doit disparaître – c'est sa fonction! -, au bénéfice d'un spectacle qu'on va inscrire sur elle. Ainsi la réalité objective du matériau disparaît complètement et on va créer un subterfuge, un trompe-l'œil...
Où se situe donc l'apport de Jean-Claude Libert aux recherches de Gleizes et de Pouyaud? Sans doute plus une complicité de caractère, un écho à ses préoccupations intellectuelles, un dialogue où se mêlent la pensée de René Guénon et de Coomaraswamy qu'à un changement ou une orientation de sa peinture.
Gleizes est à Saint Rémy de Provence dans sa propriété des Méjades, Libert est à Paris. Tous deux ont un échange sur les orientations de la peinture…

  • En 1950, Libert écrit à Gleizes: - “Je m'efforce dans la mesure de mes moyens depuis que je suis à Paris, de convaincre à notre cause; peine perdue souvent; je crois que Paris est mort à la Révélation. Le monstre seulement grogne en se retournant furieux qu'on le dérange dans son sommeil de brute remplie de rêves Prométhéens.”
  • On est bien d'accord, mais…; manque d'audace chez les jeunes, peur d'une opinion publique, crainte de paraître ridicule si l'on affiche une foi dont on a pourtant la nostalgie; tout le monde sait bien que Dieu est mort, et que le seul Dieu c'est l'homme, que l'on s'acharne à désintégrer, disséquer, dans l'espoir de trouver un jour sa mystérieuse essence. Quête éperdue de l'être. Mais on fait tout le contraire et l'on ne trouve que le néant et l'on s'effraye de sa solitude…
  • … Les signes pourtant ne manquent pas. En ce qui nous intéresse particulièrement la peinture reflète plus que jamais cet état, ce stade de la décomposition: expressionnisme endiablé et abstraction intestinale…
  • … J'ai encore rencontré Sonia Delaunay et del Marle chez Colette Allendy, et tous sont très anxieux de vos recherches; ce qu'on ne vous pardonne pas à Paris, croyez-moi c'est de faire une peinture religieuse, c'est au fond leur scepticisme, leur pauvre inquiétude, qu'ils ne vous pardonnent pas d'avoir franchi pour la paix des Méjades. C'est pour cela, et j'en discutai avec Hénard encore Samedi, ce ne peut-être que de la Pierre qui Vire que peut partir le grand mouvement…

C'est donc à la naissance d'une métaphysique que l'on assiste du côté de ce cubisme là, qui n'est d'ailleurs déjà plus le cubisme d'origine mais un cubisme sacré, sorte d'initiation aux mystères de la composition plane qui inclue les principes de la section dorée (rectangle d'or, triangle d'or, spirale d'or), principes illustrés dans la gouache de Libert réalisée en 1952 "Composition musicaliste". Il ne faut pas oublier ce que Braque avait dit au jeune peintre Libert, alors que celui-ci allait le voir dans son atelier de Varengeville sur mer en 1946, en pleine incertitude face à l'avenir de sa peinture.
Braque était âgé, avait parcouru le zodiaque du cubisme qu'il avait initié et voyait se profiler déjà autre chose, un autre chose que le jeune Libert possédait déjà en lui mais qui n'avait pas encore éclos: l'abstraction lyrique ou le paysagisme lyrique… Braque disait: J'aime la règle qui corrige l'émotion. C'était pour lui la définition de son cubisme. Mais il ne pouvait aller contre le vent de l'abstraction qui allait amener dans les années 60 à une nouvelle lecture de ces règles de construction, un maelstrom qui allait tout emporter et faire exploser toutes les formes d'expression plastique. – La conclusion de Braque qui était au courant des recherches de l’abstraction lyrique outre-atlantique, voyant se développer cette véritable explosion de la forme avait dit au jeune peintre Libert ce qui plusieurs années plus tard traça le chemin de ce jeune peintre cette phrase qui allait le marquer au fer rouge: "si vous vous situez dans le courant du cubisme orphique, inévitablement vous tendrez à vous dégager de la composition pure pour aller vers l'abstraction libérée de tout dogmatisme…"
Telle fût la fin du cubisme métaphysique initié par Gleizes et le début de la révolution de l’abstraction lyrique que Jean-Claude Libert illustra à partir de 1960 jusque dans les années 1990.

 

Guillaume Libert, Dimanche 17 mai 2020

 

 

 

 

NOTES :

Les expérimentations deBraque (notes extraites de Wikipedia – Le Cubisme)

Collaborateur et ami de Picasso, qu'il rencontre dans son atelier à Paris en 1907, Georges Braque conduit également des expérimentations picturales inspirées par Cézanne ainsi que par le fauvisme, fondé en 1905. Impressionné par Les Demoiselles d'Avignon, dont il a pu suivre une partie de la réalisation, il répond au peintre par une toile achevée au printemps 1908, Le Grand Nu. Moins radicale que le tableau de Picasso, la toile fait néanmoins figure de précurseur du cubisme : la figure de la baigneuse est complètement déformée, l’arrière-plan est composé de pans aux découpes angulaires et de nouvelles couleurs font leur apparition (beiges, gris).
À l'été 1908, Braque séjourne dans le quartier de l'Estaque à Marseille, où Cézanne s'était réfugié durant la guerre de 1870 et était revenu par la suite. Il y réalise plusieurs tableaux en hommage à son inspirateur, dont les Maisons à l'Estaque (1908) et le Viaduc à l'Estaque (1908). Braque se distancie ici de l'imitation fidèle du réel pour représenter un espace propre à la toile : il élimine ainsi différents détails et simplifie la forme des bâtiments pour les réduire à de simples cubes.
Les tableaux de Braque sont toutefois refusés au Salon d'automne de 1908. Henri Matisse, qui fait alors partie du jury, qualifie de « cubistes » les Maisons de l'Estaque, bien qu'il désapprouve l'utilisation de formes et de schémas géométriques. Rival de Picasso, il considère que c'est ce tableau qui marque l'acte de naissance du cubisme, et non Les Demoiselles d'Avignon : Dans mon souvenir, c'est Braque qui a fait la première peinture cubiste. Il avait rapporté du Sud un paysage méditerranéen qui représente un village côtier en vue plongeante. Pour donner plus d'importance aux toits, qui étaient peu nombreux, de manière à les rendre lisibles dans le paysage il avait continué les signes qui représentent les toits par des lignes qui entraient dans le ciel et les avaient peintes dans le ciel. C'est vraiment la première peinture qui constitue l'origine du cubisme et nous la considérions comme quelque chose de radicalement nouveau pour laquelle nous avions de nombreuses discussions. Au même moment dans l'atelier de Braque, rue d'Orsel, il y avait une grande toile qui avait été commencée dans le même esprit et qui représente une femme assise.

 

 

GLOSSAIRE
René Guénon
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Gu%C3%A9non

Robert Pouyaud
https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Pouyaud

Le Groupe de Puteaux: Le groupe de Puteaux a adopté ce nom afin de se distinguer de la définition plus étroite du cubisme développé en parallèle par Picasso et Braque à Montmartre.
Marcel Duchamp était féru de sciences et de mathématiques, et tous ses amis, entre autres GleizesKupkaLégerMetzingerPicabiaHenry ValensiAuguste Perret, Salmon, Apollinaire, et Maurice Princet (le « mathématicien du cubisme ») rêvaient de transformer le monde à partir des découvertes « einsteiniennes » tournant autour du nombre d'or.

Origines du mot cubisme
Le terme “cubisme” provient d’une réflexion d’Henri Matisse, relayée par le critique d’art Louis Vauxcelles, qui, pour décrire un tableau de Braque, parla de “petits cubes”.

Cézanne et le concept (1904)
Le cubisme prend source dans les écrits et dernières oeuvres de Cézanne. Les historiens répéteront souvent la phrase tirée d’une lettre du 15 avril 1904 de Cézanne à Emile Bernard: “Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cone, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d’un objet, d’un plan, se dirige vers un point central”.

 

 

 

 

 

 

LES PUBLICATIONS DE L'ATELIER LIBERT

 

LES CAHIERS DE L'ATELIER N°5
Jean-Claude Libert et Moly Sabata
Correspondance (1949 à 1955)
Recueil dirigé par Yvette Libert
Avec l’aide de la Bibliothèque Kandinsky
(Centre Pompidou)
Rédaction et réalisation graphique
Guillaume Libert

Les nouveaux Cahiers de l'Atelier sont consacrés à la correspondance de Jean-Claude Libert entre 1949 et 1955. Cette correspondance est constituée pour la première partie (1949 à 1953) par un choix de  lettres entre Jean-Claude Libert et Albert Gleizes. Ces premières lettres constituent un témoignage important sur la pensée du jeune peintre Libert à cette époque et sur la confiance qui s'était établie entre les deux hommes, l'un sortant à peine de la guerre et l'autre à l'automne de sa vie. Cette correspondance prépare Libert au choix qu'il fera deux ans plus tard et dévoilent également quelques pans de la pensée de Gleizes par rapport à la "marchandisation" de l'Art et de l'attitude du véritable créateur vis-à-vis de ces fausses tentations.

La seconde partie de la correspondance porte sur la période réelle de Moly Sabata avec la succession d'Anne Dangar au métier de potier, succession difficile à négocier par celle-ci mais aussi bouleversante par la sincérité de ses confidences.
Juliette Roche, Albert Vallet, Henri Giriat, le sculpteur Marc Hénard, le père Dom Angelico Surchamp, Robert Pouyaud veilleront aussi en écrivant à Libert sur son travail à Moly Sabata.

Enfin la troisième partie est la correspondance entre Jean-Claude Libert et ses parents  (sa mère Marguerite Libert et son père Marcel Libert).

 

couverture livre jean claude libert
1ère monographie synthétique du peintre Jean-Claude Libert par Yvette et Guillaume Libert.

Parcours chronologique de l’oeuvre du peintre Jean-Claude Libert par Yvette Libert, femme de l’artiste et par son fils Guillaume Libert. Choix d’un texte du peintre sur la peinture abstraite, correspondance d’Albert Gleizes, texte de Henri Giriat et Hélène Cingria. Les principales périodes du peintre depuis 1938 jusqu’à 1990 sont retracées avec un choix d’oeuvres sélectionnées (oeuvres sur papier, peintures, monotypes, décorations murales). Des photographies d’archives jalonnent le parcours de Jean-Claude Libert (Moly Sabata, Villeneuve lez Avignon). Les années 1960 soulignent l’itinéraire singulier du peintre dans l’abstraction et le paysagisme lyriques avec de très belles reproductions.

Couverture souple - 125 pages - Reproductions couleur
Prix catalogue : 35,00€
ISBN : 978-2-9532636-3-3

(disponible en ligne)

 

Tous droits réservés ADAGP-Atelier Libert

Découvrez les premières pages du livre

LES CAHIERS DE L'ATELIER N°2
Les sources secrètes de Jean-Claude Libert

(téléchargez le bon de commande)

Les Cahiers de l'Atelier n°2 de l'association des amis du peintre Jean-Claude Libert sont consacrés à l'utilisation du Nombre d'Or chez le peintre Jean-Claude Libert.
Cette étude est précédée d'une brève histoire du nombre d'or depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, un résumé du rôle de la révolution cubiste dans la naissance du groupe de Puteaux,  l'évolution du cubisme d'Albert Gleizes et la naissance de la mécanique plastique, une description de la personnalité de Robert Pouyaud et de  l'Atelier de la Rose. L'analyse de la gouache "composition musicaliste" de Jean-Claude Libert concluera cette réflexion avec une publication des notes de Jean-Claude Libert sur les tracés régulateurs. Yvette Libert publie également ses dernières céramiques réalisées entre 2012  et 2013 : "Plaques de lave de volvic" d'après des gouaches de Jean-Claude Libert.

Format  Carré (21 cm x 21 cm fermé), 71 pages intérieures couleur + couv.quadri
Pages intérieures : Papier couché satiné 135 gr quadrichromie
Couverture : 200 gr couv. quadri semi-brillant.
Dos carré collé
N° ISBN : 978-2-9532636-5-7
EAN : 9782953263657

SOMMAIRE
Préface : Jean-Claude Libert et le nombre d’or par Henri Giriat

1/ A la recherche de la Divine Proportion par Guillaume Libert
- Du Moyen-Age chrétien à la Renaissance
- La Révolution Cubiste
- L’Atelier de la Rose par Henri Giriat

2/ Jean-Claude Libert et la Section d’Or
-Analyse de l’oeuvre sur papier «Composition musicaliste»
- Notes de Jean-Claude Libert sur les tracés régulateurs

3/ Aventure en lave par Yvette Libert
- La lave de volvic
- Le choix des couleurs
- La mise à l’échelle
- De l’émaillage à la cuisson

4/ Notes et sources bibliographiques

 

Jean-Claude Libert et le Nombre d'Or
Par Henri Giriat

Jean-Claude Libert a été ouvert à toutes les recherches de son temps, mais il n'en a été tributaire d'aucune. Aussi on ne saurait délimiter une période précise où il a expérimenté les ressources du Nombre d'Or. Il s'agit plutôt d'un va et vient selon les circonstances et les échanges. Peut-être plus particulièrement entre 1950 et 1960 en collaboration avec le groupe de l'Atelier de la Rose, notamment avec René-Maria Burlet, adepte convaincu du Nombre d'Or. Les recherches historiques de Matila Ghyka, les applications de le Corbusier en architecture en posaient le problème à la plupart des artistes.
Remontant au passé, que savait-on exactement de l'usage du Nombre d'Or avant la Renaissance ? Il semble que les médiévaux n'enfermaient pas la Notion de Nombre dans l'usage exclusif de la section dorée, mais faisaient naître et renaître le sens de la proportion à partir de l'intention du temple à ériger, mais plus encore à partir de leur propre architecture, de leur corps, à partir de ce qu'Albert Gleizes appelait "la physiologie active" de l'artiste.
Je crois que Jean-Claude Libert, comme Gleizes, en était convaincu lorsqu'il élaborait ses compositions. Dès lors le sens de la proportion – je veux dire la multiplicité toujours singulière des proportions – ne saurait s'enfermer dans un module univoque.
Regardons d'ailleurs la nature. Où donc est l'exemplaire type du Nombre ? Le Nombre d'Or ou plus simplement le Nombre dans ses rapports d'extension et de croissance ? Il agit de la façon à la fois la plus particulière et la plus universelle dans la circonvolution des astres, dans la spirale du coquillage, dans les girations de l'atome, mais aussi bien dans les cadences de notre cœur. Je devrais dire ici : de notre cœur, centre vital et spirituel de notre entité humaine. Il suffit que notre esprit s'y conforme. Qu'il écoute.

Tel est le lieu du véritable entendement. C'est ce recentrement en même temps que cet élargissement qui a garanti chez Libert le sens du Nombre :

Donner à l'œuvre sa mesure par la juste répartition des accords colorés en étendue.
Faire circuler ces parts de l'une à l'autre suggérant le nombre par leur mobilité en croissance, en développement.
S'accomplir dans cette totalité circulaire où se discerne le rythme, aussi sensible qu'indéfinissable.
Telle fut en constance la règle d'or de Jean-Claude Libert.